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_CONFÉRENCES _DRAMATURGIES

[conférence] Les machines mémorielles du théâtre – Biennale de l’interactivité – Poitiers – 19 nov 10

Biennale de l’interactivité, EESI, Poitiers

Table-ronde – 19 novembre 2010, 10 h 30 Perdre la tête
Modératrice : Louise Poissant (ca) ;
Emmanuel Guez (fr), Olivia Rosenthal (fr), Cyril Teste (fr), Medhi Toutain-Lopez (fr)

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Titre : Les machines mémorielles du théâtre

Résumé : Dès la fin du XIXe siècle, les techniques nouvelles d’enregistrement du son transforment en profondeur la musique, son économie, son esthétique, la nature de ses œuvres et de ses artistes. Elles agissent aussi sur l’écriture (cf. Friedrich Kittler). De leur côté, les techniques d’enregistrement de l’image – photographie, cinéma, télévision, vidéo – entraînent les arts visuels dans une révolution unique dans l’histoire de l’art dans la mesure où elle provoque à la fois une accélération et une multiplication des formes et leur dislocation. En bref, comme l’a montré Walter Benjamin, la nature de la musique et des arts visuels se transforment avec le support de leur mémoire.

Ce paradigme esthétique prend une dimension particulière au théâtre. À vrai dire, le théâtre n’est touché par ces mutations techniques qu’indirectement, son support de mémoire légitime, le livre, restant intact jusqu’à la fin des années 1960 (le cinéma ne consistant pas à filmer le théâtre mais à faire des films). Mais, sous l’effet des dramaturgies post-dramatiques (cf. Hans-Thies Lehmann), elles-mêmes sous l’effet des média de communication du XXe siècle (radio, téléphone), nous sommes aujourd’hui sortis du théâtre du Livre et nous entrons peut-être dans le théâtre des ordinateurs et plus sûrement encore dans le théâtre du réseau et du flux, ce que j’appellerai le théâtre de l’Internet. Je ne veux pas dire que le théâtre à venir se produira sur l’Internet. Je ne veux pas dire que la scène du futur est le réseau, même si l’on peut dresser une dramaturgie de l’Internet et du Web en particulier. Je veux seulement souligner que le paradigme du théâtre a changé parce que le témoin du théâtre sera de moins en moins le Livre et de plus en plus l’Internet. Par conséquent, dans la même mesure que le Livre a contraint le théâtre à adopter un certain nombre de règles comme la notion d’auteur, la réduction de l’écriture théâtrale à l’écriture d’un texte, la notion de didascalie, l’idée que l’action doive s’inscrire dans un début et dans une fin, etc, etc., l’Internet constitue aujourd’hui l’environnement culturel déterminant de la création théâtrale. Toutefois, dans la mesure où la question de la mémoire au théâtre change radicalement de nature avec l’Internet, la question de la représentation change elle aussi radicalement.